lundi 30 juillet 2007

Article 79

Tout équilibre existant est remis en question chaque fois que des hommes et des femmes inconnus essaient de vivre autrement. De là notre tendance à remettre tout en question dans tous les instants. Une certaine habitude de vie façonne nos esprits de jour en jour. Une immense poussée d’émouvante incapacité a fait craquer pour nous tous les cadres des contraintes qu’un être social a coutume d’accepter. Nous n’acceptons pas parce que nous ne comprenons plus.

mardi 24 juillet 2007

20ème Article

Pour lancer une chose, il faut vouloir A.B.C.
foudroyer contre la parole
s’énerver et aiguiser les paysages pour conquérir et répandre de petits et de grands accordéons
signer, crier, jurer, arranger l’existence sous un Dieu d’essentiel absolu, irréfutable, prouver sa cocotte plus-ultra et soutenir que l’apparition ressemble à la vie comme la dernière nouveauté d’un non prouve l’évidence de la forme. Sa prose fut déjà prouvée par l’ a.b.c., les ailes et les 1.2.3. doux.
Imposer son A.B.C ; est un manifeste naturel — donc regrettable

dimanche 8 juillet 2007

Article 3

L’Internationale Citationniste groupe des hommes et des femmes qui n’ont qu’un seul Mot à dire, toujours le même : " Oui et Non ".

samedi 30 juin 2007

Article 14

La question de l'ascendance dans la culture est fausse. Toute nouvelle manifestation culturelle réécrit le passé, transforme les vieux maudits en nouveaux héros, les vieux héros en personnes qui n'auraient jamais dû naître. De nouveaux acteurs fouillent le passé à la recherche d'ancêtres, parce que l'ascendance est la légitimité et la nouveauté le doute — mais à toutes les époques des acteurs oubliés émergent du passé non comme des ancêtres mais comme des proches.

samedi 23 juin 2007

Article 69

Nous n'avons pas le sentiment de savoir inventer, mais nous avons le sentiment de savoir trouver les choses, et de les assembler. Et nous ne sommes pas gêné de faire n’importe quoi, avec n’importe quoi.

Les citations ne nous protègent pas, ce sont des amies.
Ils ont créé des choses, pourquoi ne pas les utiliser ?
S’il y a des arbres, pourquoi ne pas en faire n'importe quoi ?
Si c’est une rue, si ce sont des gens, on peut en faire n'importe quoi.
Ce n’est pas à moi, mais nous pouvons en faire n'importe quoi.

lundi 18 juin 2007

Article 29

Je dis "du pain" et personne ne me comprend; je dis "du pain, des jeux", et on commence à me comprendre; je dis "du pain, des jeux et des cendres", et tout le monde comprend. L'injuste pouvoir de conviction des systèmes vient du fait - au reste épistémologiquement nécessaire - que le cerveau humain est, de façon tellement inerte et formelle, analogique et combinatoire.

samedi 9 juin 2007

Article 19

Puisque la banqueroute des idées a effeuillé jusqu’au bout l’image de l’homme, ce sont maintenant les instincts et les arrières-plans qui se manifestent de manière pathologique. Comme aucun art, aucune politique, aucune conviction ou foi ne semblent pouvoir résister à cette lame de fond qui rompt toutes les digues, il ne reste que la blague ou la pose sanglante.

samedi 2 juin 2007

Article 39

Il s’agit avant tout de faire désespérer les hommes d’eux-mêmes et de la société. De ce massacre d’espoirs naîtra une Espérance sanglante et sans pitié : être éternels par refus de vouloir durer. Nos découvertes sont celles de l’éclatement et de la dissolution de tout ce qui est organisé. Car toute organisation périt lorsque les buts s’effacent à l’horizon de l’avenir, qui n’est plus qu’une barre blanche posée sur le front.

Ainsi s’émietteront les idoles entre lesquelles les hommes partagent leur adoration – ils ne savent pourquoi ni comment. Il est inutile de les nommer : elles empoisonnent l’air. Les goules que l’Internationale Citationniste nourrit dans les locaux réservées à cet usage savent se nourrir de ces cadavres – car elles ne sont pas portées sur la bouche.

L’ ADIRECTION

N.B. Pour les personnes qui nous interrogent au sujet de l’Internationale Citationniste, nous répondrons une fois pour toute à n’importe quelle question ; “Oui et Non”. Nous sommes ainsi les derniers à faire servir la vanité du discours à quelque chose.

jeudi 24 mai 2007

Article 62

La force d’une route de campagne est autre, selon qu’on la parcourt à pied, ou qu’on la survole en aéroplane. La force d’un texte est autre également, selon qu’on le lit ou qu’on le copie. Qui vole voit la route s’avancer à travers le paysage : elle se déroule à ses yeux selon les mêmes lois que le terrain qui l’entoure. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa puissance, et apprend comment, de cet espace qui n’est pour l’aviateur qu’une plaine déployée, elle fait sortir, à chacun de ses tournants, des lointains, des belvédères, des clairières, des perspectives, comme l’ordre d’un commandant qui fait sortir ses soldats du rang. Il n’y a que le texte copié pour commander ainsi à l’âme de celui qui travaille sur lui, tandis que le simple lecteur ne découvre jamais les nouvelles perspectives de son intériorité, telle que les ouvre le texte, route qui traverse cette forêt primitive en nous-mêmes, qui va toujours s’épaississant : car le lecteur obéit au mouvement de son moi dans l’espace libre de la rêverie, tandis que celui qui copie le soumet à une discipline.

samedi 12 mai 2007

Article 56

Quand nous étions petites, nous recopiions des livres entiers ou des passages entiers de livres que nous envoyions à nos amis. Nous aurions pu leur envoyer des lettres, mais nous leur envoyions des copies, écrites de nos mains, de livres que nous aimions. Si nous leur avions envoyé les livres, nous leur aurions envoyé de la littérature. Telle ne devait pas être notre intention. Notre intention devait être de leur dire que nous les aimions en leur envoyant, copiés de nos mains, des livres ou des passages que nous aimions.

jeudi 3 mai 2007

Article 41

Les choses sont indifférentes à l’homme.
Mais voici que l’homme tripote. Alors il comprend les choses, les possède, les goûte et quand il les revoit, une fois tripotées, il sent boum! boum!
et joie dans son ventre.

jeudi 26 avril 2007

Article 47

1) Banqueroute des idées, éclatement et dissolution de tout ce qui est organisé. C’est terrible, maintenant tout rappelle quelque chose, tout le monde vous rappelle quelqu’un. On ne sait plus quoi appartient à qui ni qui est qui ! – Et alors ? – Et alors, il n’y a plus que des remakes, des sequels, des répliques! – Et alors ? – Et alors, rien…

2) Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même. Quelqu’un a dit que son esprit était ouvert à tous les vents. Ce que fait un homme, tous les hommes le font. Je suis les autres, n’importe quel homme est tous les hommes. Les lieux communs comportent leur part de vérité. Contre ceux qui trahissent au profit de l’égoïste intérêt humain individuel, la seule recherche est une évidence absolue, immédiate, implacable.

3) Plus d'un comme moi une barre blanche posée sur le front sans doute écrivent pour écrire. Quand j’étais petit, je recopiais des livres entiers ou des passages entiers de livres que j’envoyais à mon amie. J’aurais pu lui envoyer des lettres, mais je lui envoyais des copies écrites de ma main, de livres que j’aimais.

4) La force d’une route de campagne est autre, selon qu’on la survole en aéroplane ou qu’on la parcourt à pied. La force d’un texte est autre également selon qu’on le lit ou qu’on le copie. Qui vole voit la route s’avancer à travers le paysage. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa puissance.

5) Autrefois, j’avais trop le respect de la nature. Je me mettais devant les paysages et je les laissais faire. Fini, maintenant, j’interviendrai. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste. Révolution de la réalité vers sa source.

6) Je n’ai pas le sentiment de savoir inventer, mais j’ai le sentiment de savoir trouver les choses, et de les assembler. Les citations ne me protègent pas, ce sont des amies, pourquoi ne pas les utiliser ? S’il y a des arbres, pourquoi ne pas les filmer ? Si c’est une rue, si ce sont des gens, il faut en faire quelque chose. Avoir la grâce est une question d’habitude.

7) Paladion mena toujours sa tâche ardue de création poétique avec une implacable rigueur : il préférait Les Jardins crépusculaires de Lugones aux Parcs abandonnés de Herrera, mais s'il ne s’estimait pas digne d’assimiler Les Jardins, il admettait par contre que le livre de Herrera était dans ses possibilités, car il se retrouvait pleinement dans ses pages. Paladion lui octroya son nom et l’envoya à l’imprimerie sans ajouter ni retrancher une seule virgule.

8) Se mettre dans un état de réceptivité entière, mener une action collective totalement novatrice, arranger la prose sous une forme d’évidence irréfutable. En de tels instants, nous absorberons tout pour en devenir transparents jusqu’à disparaître. À la fin, dire que tout de même chacun a dansé d’après son boumboum personnel.

9) L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. Ne reste que la blague. Être drôle est un moyen de survivre. Soyez pluriels comme l'univers.


LA DIRECTION

jeudi 19 avril 2007

Article 52

Si nous crions :
........Idéal, idéal, idéal,
....... Connaissance, connaissance, connaissance,
....... Boumboum, boumboum, boumboum,
nous avons enregistré assez exactement le progrès, la loi, la morale et toutes les autres belles qualités que de différents gens très intelligents ont discuté dans tant de livres, pour arriver à la fin, à dire que tout de même chacun a dansé d’après son boumboum personnel, et qu’il a raison pour son boumboum.

jeudi 12 avril 2007

Article 36

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »

dimanche 1 avril 2007

Article 12

Plus d'un comme moi sans doute, écrivent pour ne plus avoir de visagge. Ne me demandeez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même ; c’est UNE morale d'état-civil; elle régit nos papiers. Qu'elle nous laisse libres quand il s'agit d'écrire.

lundi 19 mars 2007

Article 31

Ce que fait un homme c’est comme si tous les hommes le faisaient. Il n’est donc pas injuste qu’une désobéissance dans un jardin ait pu contaminer l’humanité ; il n’ est donc pas injuste que le crucifiement d’un seul juif ait suffi à la sauver. Schopenhauer a peut-être raison : je suis les autres, n’importe quel homme est tous les hommes. Shakespeare est en quelque sorte le misérable John Vincent Moon.

mardi 13 mars 2007

Article 15

– Un type m’a dit : « C’est terrible, maintenant tout rappelle quelque chose, tout le monde vous rappelle quelqu’un, on ne sait plus bien quoi appartient à qui ni qui est qui!
« Et alors? j’ai dit.
« Et alors, il n’y a plus que des remakes, des sequels, des répliques!
« Et alors? j’ai dit.
« Et alors, rien… »

jeudi 1 mars 2007

Article 27

Le citationnisme recouvre les contradictions d’une époque où nous trouvons, aussi pressantes, l’obligation et la presque impossibilité de rejoindre, de mener, une action collective totalement novatrice. Où le plus grand sérieux s’avance masqué dans le double jeu de l’art et de sa négation ; où les essentiels voyages de découverte ont été entrepris par des gens d’une si émouvante incapacité.

jeudi 22 février 2007

Article 25

"Autrefois, j'avais trop le respect de la culture.
Je me mettais devant les choses et les œuvres d'art et je les laissais faire.
Fini, maintenant, j'interviendrai."

lundi 5 février 2007

Article 16

Tous les éléments culturels du passé doivent être réinvestis ou disparaître.

vendredi 26 janvier 2007

Article 11

La conception du plagiat n’existe plus : on a établi que toutes les œuvres sont l’œuvre d’un seul auteur, qui est intemporel et anonyme. La critique invente désormais des auteurs ; elle choisit deux œuvres dissemblables — disons le Tao Te King et les Mile et Une Nuits —, les attribue a un même écrivain, puis détermine en toute probité la psychologie de cet intéressant homme de lettres.

jeudi 18 janvier 2007

Article 7

Louer la diversité de l’œuvre de César Paladion, apprécier l’infatigable curiosité de son esprit, est, nul n’en doute, un des lieux communs de la critique littéraire contemporaine ; mais il convient de ne pas oublier que les lieux communs comportent toujours leur part de vérité. De même la référence à Goethe est inévitable et l’on a pas manqué de suggérer que cette référence découle de la ressemblance physique des deux grands écrivains et du fait, plus ou moins fortuit, qu’ils se partagent pour ainsi dire un Egmont. Goethe dit que son esprit était ouvert à tous les vents ; Paladion se passa de cette affirmation, puisqu’elle ne figure pas dans son Egmont, mais les onze énormes volumes qu’il a laissé prouvent qu’il pouvait de plein droit la faire sienne. Goethe et notre Paladion firent tous deux montre d’une santé et d’une robustesse qui sont les qualités les plus nécessaires à la création d’une œuvre géniale. Vaillants laboureurs de l’art, leurs mains tiennent le mancheron et tracent le sillon !
Le pinceau, le burin, le crayon et l’appareil photographique ont multiplié l’éffigie de Paladion ; nous qui l’avons connu personnellement, nous faisons fi, peut-être injustement, d’une si abondante iconographie, laquelle ne rend pas toujours bien l’autorité, la noblesse qu’irradiait le visage du maître comme une lumière constante, paisible, et qui n’éblouit jamais.
En 1909, César Paladion exerçait à Genève les fonctions de consul de la République argentine ; c’est là qu’il publia son premier ouvrage, Les Parcs abandonnées. L’édition, que se disputent aujourd’hui les bibliophiles, fut scrupuleusement corrigée par l’auteur ; elle est cependant déparée par d’affreuses coquilles, car le typographe calviniste ignorait totalement la langue de Sancho. Les amateurs de petite histoire apprécieront le rappel d’un épisode assez anodin, dont personne ne se souvient plus, et dont l’unique mérite est de prouver de façon évidente l’originalité presque scandaleuse de la conception stylistique paladionienne. À l’automne 1910, un critique de grand renom compara Les Parcs abandonnés avec l’ouvrage portant le même titre de Julio Herrera y Reissig, pour en arriver à la conclusion que Paladion avait commis – risum teneatis – un plagiat. De larges extraits des deux œuvres, publiés en colonnes parallèles, justifiaient, selon lui, une telle accusation. Celle-ci, du reste, tomba dans le vide ; les lecteurs n’en tinrent aucun compte et Paladion ne daigna même pas répondre. Le pamphlétaire, dont nous voulons oublier le nom, ne tarda pas a comprendre son erreur et fit vœu de perpétuel silence. Le manque de perspicacité de ce critique était par trop flagrant !
La période de 1911 à 1919 est celle d’une fécondité presque surhumaine. Apparaissent, coup sur coup : Le livre étrange, le roman pédagogique L’Émile, Egmont, Les Thébéennes (tome II), Le chien des Baskerville, Des Apennins aux Andes, La case de l’oncle Tom, La province de Buenos Aires jusqu’à l’ascension de la ville au titre de Capitale de la République, Fabiola, Les Géorgiques (traduction de Ochoa) et le De divinatione (en latin). La mort le surprend en plein travail ; selon le témoignage de ses proches, il avait en chantier un Évangile selon saint Luc, ouvrage dans le genre biblique, dont il ne reste aucun brouillon et dont la lecture eût été des plus intéressantes.
La méthodologie de Paladion a fait l’objet de tant de monographies critiques et de thèses doctorales qu’il est presque superflu de la résumer une fois de plus. Qu’il nous suffise de l’esquisser à grands traits. La clé en a été donnée, une fois pour toutes, dans le traité de Farrell du Bosc, La perspective Paladion-Pound-Eliot (Vve Ch. Bouret, Paris, 1937). Il s’agit, comme l’a déclaré de façon définitive Farrell du Bosc, citant Myriam Allen de Ford, d’une ampliation d’unités. Avant et après notre Paladion, l’unité littéraire que les auteurs reprenaient dans le fonds commun était le mot ou, tout au plus, la phrase complète. Les manuscrits byzantins et médiévaux élargissent à peine le champ esthétique en recopiant des vers entiers. À notre époque, un long fragment de L’Odyssée sert d’introduction à l’un des Cantos de Pound et on sait que l’œuvre de T.S. Eliot reproduit des vers de Goldsmith, de Baudelaire et de Verlaine. Paladion, en 1909, alla bien plus loin. Il annexa, pour ainsi dire, un ouvrage entier, Les Parcs abandonnés, de Herrera y Reissig. Une confidence divulguée par Maurice Abramowicz nous révèle les délicats scrupules et l’implacable rigueur avec laquelle Paladion mena toujours sa tâche ardue de création poétique : il préférait Les Jardins crépusculaires de Lugones aux Parcs abandonnés, mais il ne s’estimait pas digne d’assimiler Les Jardins ; il admettait par contre que le livre de Herrera était dans ses possibilités du moment, car il se retrouvait pleinement dans ses pages. Paladion lui octroya son nom et l’envoya à l’imprimerie sans ajouter ni retrancher une seule virgule, suivant une règle à laquelle il resta toujours fidèle. Nous nous trouvons ainsi devant l’événement littéraire le plus important de notre siècle : Les Parcs abandonnés de Paladion. Rien n’est plus éloigné, à coup sûr, du livre homonyme de Herrera qui ne reproduisait aucune œuvre antérieure. À partir de ce moment, Paladion entreprend, chose que personne avant ne lui n’avait faite, de fouiller les profondeurs de son âme et de publier des livres qui l’exprime, sans surcharger l’impressionnant corpus bibliographique déjà existant, ni tomber dans la vanité facile d’écrire soi-même une seule ligne. Immarcescible modestie de cet homme qui, devant le festin que lui proposent les bibliothèques orientales et occidentales, renonce à La Divine Comédie et aux Mille et Unes Nuits et s’en tient, bon enfant aux thébéennes (tome II) !
L’évolution mentale de Paladion n’a pas été entièrement expliquée ; par exemple, personne ne comprend le passage mystérieux qui va des Thébéennes, etc., au Chien des Baskerville. Nous n’hésitons pas, quant à nous, à soutenir que cette trajectoire est normale, propre à un grand écrivain, qui domine l’agitation romantique pour s’auréoler enfin de la noble sérénité des classiques.
Précisons que Paladion, hors quelques réminiscences scolaires, ignorait les langues mortes. En 1918, avec une timidité qui nous émeut aujourd’hui, il publia Les Géorgiques, d’après la traduction espagnole de Ochoa ; un an après, conscient alors de sa maturité spirituelle, il mit sous presse le De divination en latin. Et quel latin ! Celui de Cicéron.
Pour certains critiques, publier un évangile après des textes de Cicéron et de Virgile, correspond à une sorte de rejet des canons du classicisme ; nous préférons voir dans cette ultime démarche, qu’il ne parvint pas à réaliser, un renouveau spirituel. En somme, le mystérieux et clair chemin qui va du paganisme à la foi.
Nul n’ignore que Paladion dut subvenir, de sa propre bourse, aux frais de publication de ses livres et que ses tirages très limités ne dépassèrent jamais le chiffre de trois cents ou quatre cents exemplaires. Tous sont virtuellement épuisés et les lecteurs entre les mains desquels un heureux hasard aura mis Le Chien des Baskerville aimeront, captivés par l’originalité du style, pouvoir déguster La Case de l’Oncle Tom, probablement introuvable. C’est pourquoi nous applaudissons à l’initiative d’un groupe de députés des partis les plus opposés qui milite en faveur d’une édition officielle des œuvres complètes du plus original et du plus éclectique de nos hommes de lettres.

dimanche 14 janvier 2007

Article 2

Pour lancer un manifeste, il faut vouloir A.B.C.
foudroyer contre 1.2.3.
s’énerver et aiguiser les ailes pour conquérir et répandre de petits et de grands a.b.c.
signer, crier, jurer, arranger la prose sous une forme d’évidence absolue, irréfutable, prouver son non plus-ultra et soutenir que la nouveauté ressemble à la vie comme la dernière apparition d’une cocotte prouve l’essentiel de Dieu. Son existence fut déjà prouvée par l’accordéon, le paysage et la parole douce.
Imposer son A.B.C ; est une chose naturelle — donc regrettable